Mais ce film de mes 20 ans, si je l’ai refait après avoir dépassé la trentaine, c’est parce qu’à mon avis d’auteur il méritait une finition un peu meilleure (des extraits de la version originale sont visibles
ICI). Ce qui était tolérable en 2008 ne l’est plus ; à l’époque YouTube ne permettait d’uploader que des vidéos de 10 minutes, en demi-HD et sans sous-titres. Le film était donc divisé en cinq parties sur-pixélisées et comme avec 2882 vues je n’avais pas grand chose à perdre, je me suis résolu à le remasteriser… mais sans vraiment le refaire. Si l’image a été améliorée l’ordre des plans est resté presque totalement fidèle à la version originale, et la musique est identique ; j’ai simplement stabilisé ce qui tremblait trop et corrigé les erreurs colorimétriques du pilote automatique de ma caméra… mais en laissant quelques imperfections au passage. Parce qu’elles collent bien à cette ambiance un peu grunge de l’hiver est-européen, et aussi parce que
le défaut d’un jour devient souvent le charme du lendemain. Un charme qui a été d’autant plus ressenti qu’en me replongeant dans ces vieux rushs, j’ai eu l’agréable impression d’ouvrir une porte vers un passé proche mais déjà différent du présent,
une époque sans smartphones et sans réseaux sociaux – en tout cas pour l’Europe de l’Est et pour moi, qui n’avait alors ouvert ma première boîte mail que depuis six mois. Ce film est donc aussi celui d’un voyage dans la toute fin du temps déconnecté, à
un moment où les cartes papiers n’étaient pas encore remplacées par Google Map, et où le voyage restait le meilleur outil pour entendre parler les autres.
Enfin si la voix off a elle aussi été remaniée ce n’est qu’en partie, pour réexprimer d’une manière un peu plus fluide ce que je pensais à l’époque. Comme lorsqu’on donne son avis sur le travail d’autrui, je me suis permis d’apporter quelques corrections à mon ancien moi… en prenant soin de laisser cette touche d’idéalisme un peu tarte de mes 20 ans, que le trentenaire légèrement misanthrope – réaliste ? – que je suis aujourd’hui juge avec une pointe d’envie.
Au final, voici le résultat ! Un reportage qui commence à dater, déjà.
Amateur, idéaliste mais réaliste et remastérisé en forme de
coiffé-décoiffé cinématographique. Témoignage d’un moment de l’histoire vécu à 20 ans mais portant une ambiance intemporelle, parce qu’il ne fait que décrire
ce sentiment océanique qui nous prend à la découverte d’un continent. Car en réalité, si j’ai (re)fait ce film, c’est surtout pour confirmer les envies de celles et ceux de la jeune génération qui, tout juste tombés du nid et qu’importe l’année inscrite sur le calendrier, sont pris par
l’envie toute personnelle de voyager.